La Foi

Comme un grain de sénevé


Matthieu ch.17 : 14 Lorsqu’ils furent arrivés près de la foule, un homme vint se jeter à genoux devant Jésus, et dit:
15 Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre cruellement ; il tombe souvent dans le feu, et souvent dans l’eau.
16 Je l’ai amené à tes disciples, et ils n’ont pas pu le guérir.
17 Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi ici.
18 Jésus parla sévèrement au démon, qui sortit de lui, et l’enfant fut guéri à l’heure même.
19 Alors les disciples s’approchèrent de Jésus, et lui dirent en particulier : Pourquoi n’avons-nous pu chasser ce démon ?
20 C’est à cause de votre incrédulité, leur dit Jésus. Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible.
21 Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne.

Quand nous parlons de foi, souvent nous faisons référence à ces deux passages et nous faisons le parallèle entre la petitesse du grain de sénevé et celle de la foi.

Mais est-ce la seule signification à en tirer ?

Qui n'a jamais eu de montagne devant lui, pourtant sa "petite" foi n'a pas pu la déplacer. Alors qu'en penser ? Est-ce nous qui interprétons mal ou est-ce Jésus qui n'a pas pris le bon exemple ?
N'oublions pas que Jésus parla du grain de sénevé en reproche à ses disciples pour leur incrédulité.

Ensuite tenons compte qu'à son époque, la plupart des ingrédients de la vie courante se faisaient à la maison ou le voisinage, comme le pain, l'huile, le vin ainsi que la moutarde qui servait à relever les viandes pas toujours bien fraiches.

Qu'est-ce que la moutarde :
Originaire du bassin méditerranéen (la blanche et la noire) ainsi que de l'Inde (pour la brune), elle est reconnue très tôt, aussi bien en Egypte qu'en Chine.
Bien sûr les Grecs et les Romains ne sont pas passés à coté : Hippocrate et Pline donnent plus de 40 recettes médicales basés sur la moutarde. Pythagore la conseille en cataplasme contre les piqûres de scorpion.

Darius III, roi perse envoya à Alexandre le grand un sac de graines de sésame représentant le nombre de ses troupes, en riposte, Alexandre fit de même avec des graines de moutardes pour montrer non seulement le nombre de ses soldats mais aussi leur force.

Pline a recommandé de délayer le sinapis avec du vinaigre. Alexandre Dumas nous donne une recette de moutarde empruntée au "De re rusticâ" de Columelle :
" Nettoyez avec grand soin de la graine de sénevé, criblez-la, lavez ensuite à l'eau froide, et, quand elle sera lavée, laissez-la tremper dans l'eau pendant plus de deux heures. Reprenez-la ensuite et, après l'avoir pressée dans les mains, jetez-la dans un mortier neuf ou très propre, et broyez-la sous le pilon. Lorsqu'elle sera bien moulue, ramenez cette pâte vers le milieu du mortier et aplatissez-la avec là main. Après l'avoir assez comprimée, ouvrez-y des sillons ou répandez de l'eau nitrée sur quelques charbons ardents que vous y aurez placés, afin de faire rejeter à cette graine toute son amertume, et de la préserver de la moisissure ; relevez ensuite le mortier afin que l'humidité disparaisse entièrement. Versez sur cette pâte du fort vinaigre blanc, opérez le mélange au moyen du pilon et passez au tamis. "

Dans cette recette, ne voyons-nous pas là un sérieux parallèle avec les expériences de la vie chrétienne soumise et abandonnée entre les mains de son Seigneur ?
Expériences qui toutes nous apprennent à nous dépouiller du vieil homme afin de pouvoir revêtir l'homme nouveau créé selon Christ.
La foi "comme UN grain de sénevé" et non pas comme "LE grain de sénevé" est la foi du chrétien qui, dans sa petitesse, se laisse associer aux autres grains.
UN grain parmi les autres qui permet à sa coquille après avoir été lavée et nettoyée, de s'ouvrir pour s'associer aux autres coquilles ouvertes.
Le chrétien qui laisse le mélange se faire sous le vinaigre des expériences parfois douloureuses, comme le fut la souffrance de Christ apprenant l'obéissance, jusqu'à boire le vinaigre sur la croix… juste avant de dire "tout est accompli" !
Et surtout, du chrétien qui laisse toute amertume disparaître de son âme afin que le condiment de la communion fraternelle en soit exempte pour une foi agissante.

Pierre-Antoine ELDIN 2008

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Pierre-Antoine ELDIN